57 personnes – 57 histoires: Hanni Russi (55) Contrôleuse de la diligence postale du Saint-Gothard (3ème partie).

Elle peut, quand elle le veut, tenir les rênes d’une main ferme. Car Hanni Russi, 55 ans, est titulaire du brevet de meneur. Elle est même la première femme habilitée à conduire la légendaire diligence postale à cinq chevaux qui franchit le col du Saint-Gothard les mois d’été. Mais elle ne veut pas bousculer les traditions, qui n’ont jamais vu de femme se hisser sur le siège du cocher. «Déjà que la fonction de contrôleuse est traditionnellement masculine . . .», fait-elle remarquer. Hanni Russi vit sa passion de l’attelage à sa manière: elle s’assoit aux côtés du postillon et bichonne les passagers.

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«L’attelage fier, la diligence parfaitement fidèle au modèle d’origine, le rythme des chevaux au pas, la route de la Tremola, les rencontres avec les passagers et leur histoire de vie, la fascination du Saint-Gothard: tout cela me transporte.»

Sa représentation du postillon est celle d’un homme barbu à la carrure imposante et à la posture droite et fière. «L’archétype même de la figure masculine.» Et la contrôleuse n’a pas vocation à jouer la première dame. Ce qui lui importe, c’est d’être armée pour prendre les rênes en cas d’urgence. En attendant, elle préfère lâcher la bride. Mais lorsqu’on la lance sur le sujet, elle est intarissable. Le timbre de sa voix est clair et ses yeux pétillent. Elle cherche ses mots pour décrire au mieux sa passion. «L’attelage fier, la diligence parfaitement fidèle au modèle d’origine, le rythme des chevaux au pas, la route de la Tremola, les rencontres avec les passagers et leur histoire de vie, la fascination du Saint- Gothard», s’enthousiasme-t-elle, «tout cela me transporte.» Sa plus grande joie? Voir la magie du Gothard opérer sur les passagers à mesure qu’ils progressent sur la route qui les conduit de la vallée de l’Urseren à la petite ville d’Airolo, dans la Léventine.

Voilà déjà 12 ans que Hanni Russi remonte le temps chaque été, au fil de 45 journées aussi différentes les unes que les autres: «De nouveaux passagers, une fleur en bord de route, les jeux d’ombre et de lumière, la météo . . .» En hiver, l’Uranaise rend à la montagne sa tranquillité. Elle laisse alors l’attelage au garage et s’adonne à d’autres occupations: la famille, le ski de fond, le bricolage. Bref, elle mène une vie normale en accord avec son temps, loin des cavalcades d’antan. Mais quand la neige commence à fondre et que le soleil se fait plus chaud, elle ne tarde pas à raviver la flamme du souvenir.

Il faut dire que l’histoire de la diligence postale du Saint-Gothard lui tient à coeur. Elle retire un livre illustré de sa bibliothèque, le feuillette et s’arrête sur le «Coupé-Landauer» à huit places. C’est à bord de cette diligence que l’on franchissait le col à partir de 1830, lorsque la route a été construite. Mais l’ouverture du tunnel ferroviaire en 1882 a amorcé une période de déclin pour la voiture hippomobile. Il a fallu attendre 1988 pour que la diligence postale d’Andermatt arpente à nouveau la route du Saint-Gothard. «Faire partie du convoi, c’est ma passion.» Elle retire le cor postal de son crochet au mur. «Un cadeau d’un voyageur.» Au début, il était désaccordé. Hanni Russi y a rapidement remédié, ce qu’elle démontre en faisant retentir la mélodie d’arrivée de la diligence – un véhicule dont elle maîtrise la conduite aussi bien que l’histoire.

Texte: Lisbeth Epp-Huwyler
Photos: Markus Bühler-Rasom

57 personnes – 57 histoires.

Le livre «57 personnes – 57 histoires» dresse le portrait de femmes et d’hommes qui vivent sur l’axe du Saint-Gothard, qui ont participé à la construction du tunnel ou pour qui le mythique massif montagneux revêt une importance toute particulière. Le livre sera disponible à partir de juin dans la boutique en ligne CFF, au guichet et lors des festivités d’inauguration du tunnel de base du Saint-Gothard.

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