Gardien du Ballast.

Erich Würsch a un faible pour les pierres – ainsi qu’une expertise hors du commun en matière d’infrastructure et de géotechnique. Le tout lui permet de veiller à la qualité des lits de ballast sur l’ensemble du territoire. Petite incursion sous les traverses dans le Laufonnais.

Texte original dans «en route», le magazine du personnel des CFF.
Photos: Stefan Schmidlin

Par cette température estivale, les promeneurs et les randonneurs ne demandent qu’à partir en excursion. Erich Würsch essuie la transpiration qui perle sur son front, plonge la main dans le ballast, en sort l’une des pierres et l’examine. Elle est chaude. La petite gare de Grellingen, un village de 1800 âmes à proximité de Bâle, est écrasée par la chaleur, mais les quais sont malgré tout très fréquentés: des trains mènent toutes les demi-heures à Bâle et à Olten, et toutes les heures jusqu’à Delémont et Porrentruy.

Erich Würsch et ses six collègues n’ont d’yeux que pour le ballast. Pendant trois jours, sur 28 emplacements, ils contrôlent les voies dans le Laufonnais. Cet après-midi, ils travaillent aux abords de la gare de Grellingen et vérifient, tous les 150 mètres environ, l’état du ballast sous les rails. À coups de pelle, de râteau et de pioche, le groupe ne ménage pas ses efforts pour dégager la case entre les traverses. Erich Würsch donne les instructions et ne rate aucun des mouvements de ses collaborateurs. Le travail est en soi physique, mais la chaleur et le port du casque n’arrangent pas les choses: les travailleurs transpirent à grosses gouttes.

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L’expert suisse du Ballast.
Erich Würsch a démarré sa carrière aux CFF il y a 23 ans en tant qu’aide-géomètre, avec une formation de mécanicien de machines. C’est au fil de ces nombreuses années sur le terrain qu’il a acquis des connaissances approfondies sur le ballast, dont le contrôle est une composante essentielle de son travail de géotechnicien. Il effectue également des vérifications ponctuelles du ballast neuf arrivant sur les chantiers. Comme il le dit lui-même, Erich Würsch n’est pas un «universitaire », mais c’est peut-être précisément ce qui le rend très heureux dans son métier. Il ne se verrait pas du tout assis dans un bureau de 8h00 à 17h00. «J’apprécie de pouvoir travailler en extérieur dans toute la Suisse», s’enthousiasme-t-il. Même si cela implique aussi des tours de travail irréguliers et une vie sociale pas toujours facile à entretenir.

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Ses propos laissent entrevoir toute la passion qui l’anime. Il adore expliquer dans les moindres détails son activité aux profanes et leur montrer sur quels critères il peut déterminer si le grain, c’est-à-dire l’une des pierres du ballast, est sale ou non. Là où un oeil non averti voit une simple pierre, Erich Würsch, lui, détecte l’usure du grain et sa saleté, due aux poussières du sous-sol. Il peut aussi faire la liste des exigences précises que doivent remplir les grains pour servir de ballast. Ou encore parler de la granulométrie, de la résistance du ballast ou de l’influence de l’eau et du froid sur la stabilité du lit.

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L’étendue de ses connaissances est impressionnante. Non sans fierté, il confie qu’il est l’un des rares en Suisse à (presque) tout savoir sur le sujet.

Un diagnostic fouillé.
Chaque année, Erich Würsch ouvre quelque 600 cases entre les traverses réparties sur tout le territoire suisse, là où cela s’avère nécessaire d’après la planification. Il prélève un premier échantillon de ballast, dont la résistance sera testée au laboratoire de géotechnique des CFF. Il l’examine aussi à mains nues. «Je dois sentir la nature des grains sous mes doigts pour pouvoir faire les premiers constats», explique-til. Des gants ne feraient que le gêner.

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Ensuite, sur la base de critères prédéfinis, il contrôle l’état du lit de ballast et le degré de saleté sous les traverses. Il vérifie la nature et l’état des grains, et mesure l’épaisseur du ballast. Il ne se sépare jamais de son petit appareil photo numérique, avec lequel il documente toutes les traverses ouvertes.

L’évaluation du ballast lui permet de décider si l’emplacement analysé doit être assaini ou si le ballast peut être nettoyé. Les photos et la fiche de critères sur laquelle il note les résultats constituent ainsi la documentation et la base requises pour les futurs renouvellements de la voie ferrée. Pour ne pas risquer de perdre les précieuses données de mesure, il copie chaque jour tous les documents et les classe soigneusement.

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À Grellingen, cet après-midi, c’est une équipe rodée qui entoure Erich Würsch. Même si la plupart des collaborateurs viennent juste de se rencontrer, chaque geste est approprié, chacun comprend l’autre, et ce malgré cinq nationalités différentes. Tout le monde arrive à se débrouiller: avec des bribes d’allemand, de portugais, d’albanais ou de macédonien, et si besoin par des gestes. Erich Würsch apprécie cet environnement multiculturel et les échanges avec des personnes venues d’autres pays. Pour lui, la collaboration fonctionne généralement très bien, l’essentiel étant de témoigner de l’estime aux gens et d’essayer de se mettre à leur place.

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Erich Würsch, en tout cas, a le plus grand respect pour les constructeurs de voies ferrées et leur métier. «Ces hommes font un travail très difficile. Ils répondent toujours présent, à toute heure du jour et de la nuit, quelle que soit la météo et, bien souvent, à un endroit différent chaque jour.» Il est convaincu que peu de Suisses accepteraient de faire un tel travail et ajoute en riant qu’en tant que natif, c’est généralement lui «l’étranger». Les récits rapportés par ses collègues d’autres cultures l’intéressent beaucoup: pendant qu’ils creusent sous les traverses, ils évoquent parfois les serpents qui se cachent dans la brousse africaine, méditent sur la prière islamique, la «Salât», ou parlent de tout et de rien.

Un contrôle minutieux, traverse après traverse.
L’équipe attaque la quatrième traverse de l’après-midi. Erich Würsch place le râteau et poursuit son travail, animé par une seule chose: la curiosité de savoir ce qu’il va trouver Sous la prochaine traverse. Cette fois-ci, la variété est au rendezvous: des grains désagrégés, d’autres salis ou encore brisés, nécessitant donc, selon le cas, un nettoyage, un renouvellement ou même un assainissement de l’infrastructure. Erich Würsch examine avec soin le ballast, encore et encore. Une autre traverse attend son équipe avant la fin de la journée.

Le ballast: un élément-clé
Le ballast placé sous les rails sert à répartir la charge et à garantir un appui élastique pour la voie. Toutes les pierres ne sont pas faites pour supporter de lourdes charges: on utilise généralement du calcaire siliceux et du grès calcaire. Les critères importants sont la forme des grains, mais aussi leur solidité et leur résistance au gel. Environ 2 tonnes de ballast sont nécessaires par mètre de voie, l’épaisseur de la couche sous la traverse devant être d’au moins 30 cm. La qualité du ballast est déterminante pour la sécurité du trafic ferroviaire. Une mauvaise qualité entraîne directement des charges supplémentaires en matière d’entretien des voies.

 

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