Le temps partiel a la cote.

Le temps partiel a la cote: Les CFF ne sont pas en reste et veulent proposer de plus en plus de postes à temps partiel. Mais quel est le prix de ce surcroît de liberté? Et quels en sont les avantages? Des collaborateurs expliquent ce que travailler à temps partiel veut dire et comment ils utilisent leur temps.

Texte: Nani Moras | Photos: Stefan Schmidlin

De plus en plus de personnes en quête d’emploi éliminent d’emblée les postes avec un taux d’occupation élevé. Pour Nicole Eichenberger, spécialiste en gestion de la diversité aux CFF, le temps partiel gagne du terrain: «Les gens veulent plus de temps libre.» Et pas seulement pour s’occuper des enfants. Hobbies, bénévolat, mandat politique, activité secondaire… ou repos: les motivations ne manquent pas.

Les collaborateurs en position de force.

En matière de temps partiel, les CFF sont des pionniers. Le groupe est l’un des quatre plus grands pourvoyeurs de postes à taux d’occupation réduit de Suisse. Depuis 2000, la promotion du temps partiel est inscrite dans sa politique du personnel. Initialement, il s’agissait d’aider à concilier travail et vie familiale. «Ce sont les femmes qui ont répandu le travail à temps partiel», dit Nicole Eichenberger. Avant, il était moins facile de faire garder ses enfants à l’extérieur. «Le temps partiel permettait aux femmes de garder un pied dans le monde du travail, mais il impliquait généralement de renoncer à des missions intéressantes ou à sa carrière.»

Depuis, les choses ont évolué. Hélas, l’offre de postes à temps partiel n’arrive pas à suivre la demande. «Comme le personnel qualifié manque, les collaborateurs sont en position de force», dit Markus Jordi, responsable HR. Si les CFF veulent continuer à avoir des collaborateurs bien formés, ils n’ont pas d’autre choix que de proposer encore plus de postes attractifs à temps partiel. De nombreux supérieurs l’ont compris. D’où cette réaction en chaîne: du fait de l’augmentation du nombre de postes à temps partiel dans des fonctions de direction, les supérieurs sont aussi plus nombreux à avoir une expérience personnelle du temps partiel, et à être ouverts à cette possibilité. Désormais, la plupart des annonces d’emploi affichent un pensum de 80 à 100%, voire inférieur. Les domaines fonctionnant par successions d’équipes s’y prêtent particulièrement. Le Centre d’exploitation Centre, par exemple, parvient ainsi à recruter des femmes cheffes circulation des trains. Pour les mamans, c’est une bonne solution pour réintégrer le monde du travail. «Le quart de mon équipe travaille à temps partiel», dit Hansruedi Gygax, chef d’équipe.

Tout ce qui brille n’est pas or.

Ce sont majoritairement des femmes qui travaillent à temps partiel. Selon Nicole Eichenberger, les hommes ont peur de ne plus avoir de missions intéressantes. «Je leur conseille de parler concrètement de leurs tâches avec leur chef.» Une chose doit être claire pour tous: une personne travaillant à 60% ne peut pas mener à bien autant de projets qu’une personne à temps plein. Parfois, les collaborateurs à temps partiel se plaignent des attentes irréalistes de leurs supérieurs.

Or ils ne peuvent pas jongler avec les horaires, comme le rappelle Markus Jordi: «Ils doivent aussi pouvoir organiser leur temps en dehors du travail.» Si la flexibilité se transforme en une sorte de travail à la demande, le repos devient impossible. Et on ne peut pas demander à un collaborateur travaillant à 80%, avec un salaire de 80%, d’accomplir le même travail qu’un collègue à temps plein. Certes, il appartient aux collaborateurs de gérer leur temps de travail, mais les supérieurs doivent veiller à ce qu’ils aient une charge de travail correspondant à leur temps partiel.

Réservé aux hauts salaires?

Le fait est que le travail à temps partiel se répand, même si l’organisation n’est pas une partie de plaisir. Aujourd’hui, il existe même dans des domaines où cela aurait été impensable il y a dix ans, par exemple à la manœuvre. Pour ceux qui hésitent, le plus gros obstacle reste la perte financière. Le temps partiel ne serait-il qu’un lointain rêve pour les bas salaires? «Parfois, une démarche courageuse débloque une situation familiale, par exemple quand la partenaire peut retrouver un travail.» Depuis peu, les collaborateurs peuvent aussi opter pour le modèle de durée de la vie active «Flexa», qui permet d’épargner du temps libre sans devoir réduire immédiatement son temps de travail.

Des attentes multiples.

La nouvelle devise des CFF serait-elle alors: à chacun son temps partiel? «Je ne suis pas forcément adepte des taux d’occupation très bas, qui peuvent entraîner une baisse d’efficacité», dit Markus Jordi. Clients et partenaires attendent des collaborateurs qu’ils soient là pour eux: leur taux d’occupation ne les intéresse pas. Nicole Eichenberger approuve: des taux d’occupation très bas compliquent la direction et la communication. Pour autant, les collaborateurs travaillant à moins de 40% sont tout aussi efficaces que les autres: il faut juger au cas par cas, sans a priori. Un sondage sur les fluctuations du personnel a montré que les CFF perdaient régulièrement de jeunes collaborateurs parce qu’ils entamaient une formation. «Si on leur proposait temporairement un poste à 30%, cela changerait les choses», dit Nicole Eichenberger.

Selon cette logique, tout le monde pourrait profiter de temps partiels variés. Vraiment? Markus Jordi connaît le sens caché de la question: le blocage des temps partiels pour les mécaniciens de locomotive du trafic voyageurs revient sans cesse sur le tapis. «En 2016, la situation reste tendue, et nous laisse peu de latitude.» Mais l’offensive de formation porte ses fruits, et en cas de besoin, des mécaniciens de Cargo assurent des tours dans le trafic voyageurs. «Au quatrième trimestre 2016, nous devrions pouvoir accepter plus de demandes de temps partiel.» Pouvoir adapter son temps de travail à ses besoins du moment n’est pas un droit. Mais quand les collaborateurs trouvent un équilibre satisfaisant entre travail et vie privée, ils restent plus longtemps dans l’entreprise.

 

Nos modèles de temps de travail sont adaptés à la vie de chacun et chacune.

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Rea Vögeli Wieland: «Avant tout, être organisé.»

J’ai toujours adapté mon temps de travail à mes besoins du moment. Après mon apprentissage d’agente du mouvement, j’ai longtemps travaillé à temps plein. Quand je suis devenue mère, je savais que je voulais rester en activité. Je suis donc passée à 50%. Mon conjoint travaillait dans la même équipe, ce qui facilitait l’organisation quotidienne. Pendant un temps, à cause du travail par équipe, nous n’avons fait que nous croiser. Heureusement, en cas d’urgence, les grands-parents étaient là pour nous aider. Tout de même, l’organisation était très compliquée. Quand mes enfants sont entrés à l’école, j’ai profité de ce temps libre pour suivre une formation continue. Étant maintenant cheffe d’équipe, j’ai dû repasser à 80%. Sur les 23 collaborateurs de mon groupe, un quart travaille à temps partiel – des hommes comme des femmes. C’est sûr, cela représente plus de gestion administrative. Mais au final, ça ne pèse pas très lourd. Je suis toujours contente de voir à quel point mes «temps partiels» sont bien informés sur l’entreprise. Et ils sont tout aussi professionnels que les «temps pleins». Je peux sans problème les appeler en renfort en cas de besoin urgent. J’assure des fonctions de direction, mais aussi des missions opérationnelles. Cette polyvalence me plaît. Comme je ne travaille plus qu’à 50% comme régulatrice du trafic ferroviaire, avec services par équipes, je peux travailler de temps de temps de chez moi, ou décaler mon mercredi de libre. Je sais d’expérience qu’il est réconfortant d’être demandé quand on est à temps partiel.

 

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Beatrice Stierli: «Ça dépend beaucoup du chef.»

Je suis conseillère municipale à Allschwil, où j’habite. Ce n’est pas ce mandat qui m’a poussée à demander un temps partiel aux CFF, c’est l’inverse: j’ai pu l’accepter parce que je travaillais à temps partiel. Quand on sait ce qu’on a à faire, on n’a pas besoin d’être toujours sur place. Les pauses café sont l’occasion de recueillir les informations manquantes. Quand je suis entrée aux CFF, il n’y avait que des postes à temps plein. Au bout de dix ans, j’ai eu besoin de temps pour moi, pour compenser le stress de mon métier, responsable Guichets. À l’époque, c’était inhabituel. On pensait que ce n’était pas compatible avec un poste de cadre. Grâce à l’ouverture d’esprit de mon chef, cela a marché. J’ai ensuite demandé à passer à 50% une fois maman, mais cela m’a été refusé. Par contre j’ai eu un autre poste et par la suite, j’ai réaugmenté mon taux d’occupation. Au cours de ces 22 années aux CFF, je suis donc passée par différents temps partiels. Mon engagement social me tient à cœur: j’ai siégé au comité de l’Aide et soins à domicile, j’ai présidé le club de natation, et me voilà conseillère municipale. Je trouve ainsi mon équilibre et mes compétences de direction ne s’émoussent pas. Dans le cadre d’une nouvelle mission de direction, je pourrais repasser à 80% mais pas plus.

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